Mention spéciale 2026

Voie de garage, Dargaud 2025

Voie de garage,S. Adriansen et A. Nebbache,
Dargaud 2025

Voie de garage, Adriansen et A. Nebbache, Dargaud 2025

Inspirée de l’histoire vraie de Martial Richoz (1962-2024), figure pittoresque de Lausanne, cette BD soulève la question de l’intégration sociale des personnes « à part ». Selon sa grand-mère qui l’élève seule, Paulin a toujours été « à part ». Selon son enseignante, il aurait fallu qu’il rentre dans les rangs, d’après les jeunes du quartier il serait plutôt un « tablard ». Lui-même se définirait comme un passionné de trolleybus.

Bref, Paulin passe ses journées à s’inventer des histoires grâce à sa cabine de pilotage de trolley. Jusqu’au jour où un reportage sur lui aiguise la jalousie des gens « ordinaires », les rouages de l’institution socio-judicaire s’enclenchent, jusqu’à aboutir à son internement en hôpital psychiatrique, qui deviendra bien sûr sa voie de garage. Quelle place sommes-nous prêts à accorder « aux différents », à ceux qui se protègent dans un monde imaginaire ?

Nadia Savin

 

Babouchka & Dedouchka, d’Emma Siniavski

Babouchka & Dedouchka, d’Emma Siniavski, Sarbacane

Babouchka & Dedouchka, d’Emma Siniavski, Sarbacane

Le grand écrivain russe Andreï Siniavski (1925-1997) écrivait si petit qu’il pouvait faire tenir un paragraphe entier sur un ticket de métro. Une habitude gardée de son emprisonnement au goulag, où le papier était denrée rare. C’est du même trait fin que sa petite-fille Emma dessine la résistance joyeuse, intellectuelle et physique que son aïeul a opposée au régime soviétique, croquant les dérives du régime d’un trait satirique dans des pamphlets publiés en Occident sous le pseudonyme d’Abram Tertz (un brigand juif, héros d’une ballade ukrainienne). Un album qui dit la Comment ce barbu au strabisme divergent a-t-il survécu à six ans de goulag ? Comment sa femme Maria a-t-elle fait chanter le KGB pour le faire libérer et fuir en France ? C’est l’histoire extraordinaire que raconte Emma Siniavski avec un humour aussi léger que tendre.

Stéphane Dreyfus

Couverture de la bd

Les Cheveux d’Édith, Fabienne Blanchut et Catherine Locandro

Les Cheveux d’Édith

scénario : Fabienne Blanchut et Catherine Locandro
dessin : Dawid
Dargaud septembre 2025

Entre mai et juin 1945, 12 jours dans la vie de l’hôtel Lutetia à Paris et dans celle du jeune Louis en pleine préparation de son baccalauréat. Le célèbre hôtel est provisoirement transformé en centre d’accueil pour rescapés des camps de la mort nazzis et Louis qui s’est engagé comme bénévole d’accueil va faire la connaissance d’une jeune fille de son âge, juive, orpheline, seule ou presque, avec ses cauchemars qui à tout instant ramènent SS hurlants, chiens sanguinaires, kapos déshumanisés, contrôles, coups, scènes déchirantes … au cœur de la réalité présente où des gens de bonne volonté tentent de l’aider à retrouver le goût de vivre.
Un dessin remarquablement maîtrisé, où les teintes grises des scènes de mort alternent avec les sépias intimes des intérieurs et la clarté des traversées de Paris, sert une narration qui entremêle plusieurs destinées, où le courage des uns, l’égoïsme, les tâtonnements, le dévouement plus ou moins maladroit des autres croise l’horreur impossible à partager des survivants.

Jean-pierre Molina