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Prix du Jury Œcuménique 2022

« BLANC AUTOUR » de Wilfrid LUPANO et Stéphane FERT chez DARGAUD

« BLANC AUTOUR » de Wilfrid LUPANO et Stéphane FERT chez DARGAUD

Inspiré d’une histoire vraie remarquablement analysée dans la postface, cet album relate les quelques mois (1832) de la difficile existence de l’école de Prudence Crandall, à Canterbury (Connecticut), première école pour jeunes filles noires des États-Unis, trente ans avant l’abolition de l’esclavage. Au-delà de la dénonciation du racisme, l’histoire soulève la question de la violence dans la lutte, de l’intérêt de l’instruction et de la condition féminine. Le graphisme singulier, vif et coloré, sert un scénario bien élaboré.

Quelle place l’Évangile a dans cette aspiration à la liberté ? Qu’est-ce qui distingue « l’ignoble massacre » de l’esclave virginien Nat Turner de « la conquête héroïque » des colons ?

Nadia Savin-Benesteau – Jacques Tramson

Mention spéciale du Jury Œcuménique 2022

« GRAND SILENCE » de Théa ROJZMAN et Sandrine REVEL, chez GLENAT

Grand Silence

Dans l’atmosphère bucolique d’une fin d’été, l’on célèbre l’union de deux familles. Les plus jeunes goûtent ce bref instant de liberté. Rien ne laisse présager le drame. Naïf, le petit Freddy se laisse entraîner dans la forêt par Octave, son oncle par alliance. Violé, l’enfant n’est bientôt plus que honte et souffrance, sa tête symboliquement séparée du reste du corps. Impossible pour lui de témoigner. Qui le croirait ? Comment exprimer l’indicible ?

Théa Rojzman et Sandrine Revel s’emparent d’un sujet douloureux, l’inceste et les violences sexuelles, par le biais d’un conte onirique pour adultes, où le mutisme et le désarroi mêlé de rage des enfants se traduisent par des bulles dépourvues de textes ou saturées de gribouillis illisibles ; où d’allégoriques animaux sauvages déchirent à pleines dents des doudous ; où une usine géante, écarlate et hérissée de pointes, nommée Grand Silence, engloutit les cris rendus muets des victimes. Le salut passera par la destruction de ce lieu de mort…

La parole, enfin, libérée.

Patrick Gaumer

Prix du Jury Œcuménique 2021

« Khalat » de Giulia Pex, Éditions Presque Lune, janvier 2020

« Khalat » de Giulia Pex, Éditions Presque Lune, janvier 2020

Elle aurait bien mérité de vivre sa jeunesse, étudier à Damas, rêver devant le prof de Français, se confier à son frère aîné et croire à son idéal de liberté. Mais en Syrie, le printemps des peuples se brise sur la violence bestiale du pouvoir en place et sur la cruauté de l’État Islamique. Alors la jeune fille se retrouve jetée sur le chemin de l’exode, en compagnie de ses parents. Elle porte dans ses bras l’enfant désormais orphelin de son frère assassiné. Chaque fois qu’elle marque une pause dans sa marche, Khalat trouve des amis à aider, des plus faibles à secourir ; et chaque fois elle doit les quitter pour guider son neveu et accompagner ses parents tellement soucieux de la protéger et tellement démunis sans elle…

Sans une plainte, sans une invective, Khalat se bat, raconte, observe. Tout est juste dans ce récit, le dessin autant que les sentiments, la langue autant que les couleurs. Et si la retenue qui caractérise son style captive le lecteur si complètement, c’est qu’elle exprime en même temps la personnalité de l’héroïne et l’art de la narratrice.

Jean-Pierre Molina

Mention spéciale 2021 du prix œcuménique de la BD

« L’Accident de chasse », David L. Carlson, Landis Blair, Éditions Sonatine, août 2020

« L'Accident de chasse  », David L. Carlson, Landis Blair,  Éditions Sonatine, août 2020

Cet album suscite un double étonnement : un pavé de 450 pages, format 21/23, qui se lit avec autant d’aisance qu’une BD traditionnelle ; une lecture attachante comme celle d’un roman alors que l’intrigue est un récit de vie authentique quoique surprenant. La narration est soutenue par un graphisme en noir et blanc aussi puissant qu’élégant.

L’itinéraire du « héros » aveugle est un retour paradoxal vers la lumière : celle de l’honnêteté et de la connaissance. La voie surprenante de cette conversion passe par l’amitié avec un codétenu qui lui fait découvrir le Braille et lui donne le goût de la littérature (et pas la moindre : par exemple, le mythe de la caverne de Platon). Une bande dessinée, qui est un hymne à la littérature et à l’humanité, ne peut qu’être recommandée.

Jacques Tramson

Prix du Jury Œcuménique 2020

« La Boîte de petits pois » de GiedRé et Holly R chez Delcourt

Image de couverture de la BD La boite de petit poisLe titre, La Boîte de Petits Pois, s’il évoque une anecdote de l’album, en est peut- être aussi le résumé symbolique : des petits récits, les uns à côté des autres, au goût sucré-salé… L’autobiographie de GiedRé, très centrée autour de sa mère, évoque les privations (de tout et, en particulier, de liberté) de l’univers lituanien sous le régime stalinien : mais ceci est sous-tendu par une narration faite d’un ton guilleret, soulignée par le graphisme faussement enfantin de Holly R qui s’adapte merveilleusement à la gouaille de la narratrice. L’album qui se termine ironiquement par une évocation des ratés de la société française – depuis Paris où l’héroïne poursuit son itinéraire de vie – , même s’il est une dénonciation sévère du système soviétique, est une vraie et belle leçon d’optimisme.

Jacques Tramson