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Prix du Jury Œcuménique 2020

La Boîte de petits pois » de GiedRé et Holly R chez Delcourt

Image de couverture de la BD La boite de petit poisLe titre, La Boîte de Petits Pois, s’il évoque une anecdote de l’album, en est peut- être aussi le résumé symbolique : des petits récits, les uns à côté des autres, au goût sucré-salé… L’autobiographie de GiedRé, très centrée autour de sa mère, évoque les privations (de tout et, en particulier, de liberté) de l’univers lituanien sous le régime stalinien : mais ceci est sous-tendu par une narration faite d’un ton guilleret, soulignée par le graphisme faussement enfantin de Holly R qui s’adapte merveilleusement à la gouaille de la narratrice. L’album qui se termine ironiquement par une évocation des ratés de la société française – depuis Paris où l’héroïne poursuit son itinéraire de vie – , même s’il est une dénonciation sévère du système soviétique, est une vraie et belle leçon d’optimisme.

Jacques Tramson

Prix 2019 du Jury oecuménique de la BD

Image de couverture «CAROLINA » de BARBOSA et PINHEIRO chez PRESQUE LUNE

« CAROLINA » de BARBOSA et PINHEIRO chez PRESQUE LUNE

« CAROLINA » de BARBOSA et PINHEIRO chez PRESQUE LUNE

Carolina est un roman graphique d’environ 100 planches en noir et blanc, dessinées par João Pinheiro, qui a également écrit le scénario en s’appuyant sur un travail de recherches mené parSirlene Barbosa. Le thème de l’ouvrage est l’histoire vraie de Carolina Maria de Jesus (1914- 1977), au parcours étonnant : cette femme noire qui vivait avec ses trois enfants dans une favelade São Paulo tenait un journal quotidien, qu’un journaliste rencontré par hasard réussit à faire éditer en tant que témoignage sur une population totalement marginale . Le livre, intitulé Quarto de despejo, rencontra un succès considérable à sa publication en 1960. Il fut en tête des meilleures ventes au Brésil, et traduit en quatorze langues. En France il fut publié en 1962 aux éditions Stock sous le titre “Le Dépotoir”.

Pour Carolina Maria de Jesus, la gloire et l’aisance financière furent de courte durée, car la bonne société brésilienne, après cet engouement passager, se lassa rapidement de cette intruse venue d’un autre monde. Carolina connut une fin de vie modeste, dans l’anonymat.
C’est donc une biographie poignante et au goût amer qui été choisie par le jury. Le dessin, qui a parfois recours à plusieurs planches sans aucun texte, rend parfaitement compte de la misère et de la violence des favelas. CarolinaMaria de Jesus est tombée dans l’oubli, mais les favelas sont toujours là, de même que, non loin, l’indifférence et la frivolité des nantis : soixante ans après les faits qu’il relate, ce roman graphique reste d’une pertinence absolue.

Dominique PETITFAUX

Mention spéciale 2019 du prix oecuménique de la BD

image de couverture de l'album La troisième population

La troisième population

« LA TROISIEME POPULATION» de DUCOUDRAY et POURQUIE, FUTUROPOLIS et BD BOUM

« La première population, c’est les patients, la deuxième population, c’est les moniteurs et les médecins et la troisième… C’est tous les extérieurs qui viennent à la Chesnaie pour donnerquelque chose aux premières et deuxième populations… Genre deux gars, un scénariste et undessinateur, qui viendraient faire un atelier BD avec les patients »… Ainsi se conclut ce reportage à la Clinique de la Chesnaie, située dans Le Loir et Cher et spécialisée dans la psychothérapie institutionnelle : un lieu ouvert dans lequel soignants (sans blouse blanche) et soignés s’efforcentde retisser un lien distendu, participent tous, à égalité, aux tâches ménagères quotidiennes.

Sans apitoiement : juste de l’écoute, des temps de partage. Bien loin de l’image carcérale véhiculée par d’autresétablissements psychiatriques. Loin aussi des préjugés et des peurs de la maladie mentale, maladie susceptible de frapper, rappelons-le, une personne sur quatre au cours de son existence. L’initiative de cette immersion revient à l’association bd BOUM, organisatrice, entre autres, du festival de bande dessinée de Blois, impliquée à l’année dansde nombreuses actions citoyennes. Gaffeurs et complices, Aurélien Ducoudray (au texte) et Jeff Pourquié (au dessin)brossent de formidables moments de vie. Ça discute, ça vibre, ça tourbillonne… Ceux qui auraient un petit grain de folie ne sont pas forcément ceux que l’on croit !

Patrick GAUMER

Prix 2018 du Jury oecuménique de la BD

«AU PIED DE LA FALAISE » de BYMÖKO chez SOLEIL (Noctambule)

Au pied de la falaise est un village africain. Akou, , un des fils du chef, apprend la justice et la sagesse, en suivant son père. Lors de l’initiation avec les garçons de son âge, il se révèle astucieux et courageux. A la mort de son père, il sera désigné comme son successeur, alors qu’il n’est pas le fils aîné. Saura-t-il faire face aux difficultés de la vie ?

Ce « roman » d’éducation, raconté avec humour est agréable à lire. Il évite la leçon de morale, tout en mettant en valeur l’altruisme, la patience, le courage, la sagesse…

Le graphisme, avec de nombreux gros plans, alternant couleurs claires et couleurs sombres dans des teintes grises et sépias, parfois enrichies par des ocres, est en harmonie avec ce récit de vie au cœur d’une Afrique intemporelle.

Il est accessible aux lecteurs adolescents et plaira également aux adultes.

L’auteur « aime créer des passerelles entre différents arts » et un clip a été créé sur Internet avec différents artistes dont un photographe, un batteur et un danseur.

Site : aupieddelafalaise.com

Geneviève BENARD et Jacques TRAMSON

Mention spéciale 2018 du prix oecuménique de la BD

Couverture de "Les petites victoires"« LES PETITES VICTOIRES » d’Yvon ROY chez RUE DE SEVRES

Tout commence comme une simple histoire d’amour, presque banale. Une femme et un homme, Chloé et Marc, se désirent et ont un petit garçon. Le bébé semble en bonne santé. Tout juste s’étonne-t-on de son manque de réaction à tel ou tel stimulus. Les années passent. Lors d’une visite d’évaluation, le diagnostic tombe : leur petit Olivier est autiste. Là où d’autres dessinateurs en auraient fait des tonnes, le Québécois Yvon Roy joue la sobriété. Une simple larme coule sur la joue du papa. On a compris, inutile d’en rajouter. Un monde s’écroule. Comme souvent dans ce genre de situation, les deux parents se séparent. Pas question cependant de laisser tomber leur gosse et le couple, malgré la rupture, restera soudé dans l’épreuve. Au-delà du fait qu’ils doivent se résoudre à accepter Olivier tel qu’il est, commence alors un long et douloureux combat, avec son lot de crises, mais aussi, progressivement, ses « petites victoires ». Durant son temps de garde, soutenu par l’appui actif de sa femme, le père décide d’expérimenter des méthodes d’interventions de son cru, préférant se fier à son instinct plutôt qu’aux recommandations des institutions et autres spécialistes. C’est  un livre qui « s’adresse aux parents, puisque chacun sans exception aura des défis à relever avec son gamin, le plus grand d’entre eux étant d’aimer sans condition et sans jamais faiblir, qu’importe l’enfant qui nous est donné ». Une bouleversante leçon de vie.

Patrick GAUMER